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Porineti’Art – 2ème édition d’une exposition photographique « Les paysages néo-zélandais vus par les étudiants polynésiens »

EvénementsActualitésVie étudiante
Date de l'événement : Mardi, 29 mars, 2016 - 14:00 au Samedi, 23 avril, 2016 - 14:00
Lieu : Bibliothèque universitaire de l'UPF
exposition consacrée aux « Les paysages néo-zélandais vus par les étudiants polynésiens »

Dans le cadre des « Journées d’Arts et de la Culture dans l’Enseignement Supérieur », la bibliothèque de l’UPF organise la 2ème édition de « Porineti’Art », exposition consacrée aux « Les paysages néo-zélandais vus par les étudiants polynésiens »...

Avec la participation des enseignants des filières Géographie, Histoire et Environnement océaniens ainsi que de l’association GéoHisle.

Entrée libre et gratuite.

 

Le « paysage » n’est pas un objet cernable et descriptif, mais un fait culturel.
Des étudiants de Licence 3 des filières de Géographie, Histoire et Environnement océaniens de l’UPF, rentrent d’un voyage d’étude en Nouvelle-Zélande (mars 2016) au cours duquel ils ont abordé des thèmes comme l’aménagement des territoires et l’urbanisme à Auckland, la structuration des paysages par l’agriculture, les risques telluriques, l’exploitation des ressources géothermiques, le tourisme et le développement durable dans l’île du Nord, la gestion et conservation du patrimoine naturel, la reconstruction de Napier et le potentiel de l’art déco, les centres régionaux de l’Île du Nord et leur rôle polarisant, la place des Maoris dans la société et le territoire néo-zélandais d’aujourd’hui.

Les photos présentées dans cette exposition illustrent ces thèmes, et ont pour fil conducteur une approche sensitive du concept de « paysage » urbain, rural, patrimonial, culturel, social ou économique. Les trois disciplines soeurs, géographie, histoire et environnement, permettent de cerner le paysage dans sa globalité et ses spécificités, par l’étude de la dimension spatiale du social, soit la façon dont les sociétés établissent les distances entre leurs composants (individus, entreprises, États, ressources, flux, environnement…) pour dépasser l’approche analytique et saisir la structuration et l’organisation des sociétés à travers le paysage."

La photographie permet d’appréhender la diversité et la complexité des paysages néo-zélandais, tout en renseignant les habitudes, les coutumes, les appropriations, les mises en valeur, les exploitations et les risques paysagers. De ce point de vue, la photographie offre une expression artistique, mais aussi une formidable mise à distance, une suspension de notre jugement, à même de révéler les structures cachées, mais déterminantes dans le développement des sociétés. La photographie permet donc d’interroger la place des forces sociales structurantes : individu, communautés, pouvoirs, techniques...

Le terme « paysage »

Le terme « paysage » vient de la racine « païs » : latin de pagus, l’habitant d’un bourg - qui a par la suite donné le mot « pays » - et du suffixe « age » qui qualifie un ensemble. Le terme apparaît tardivement en français, vers 1475, mais est plus ancien en japonais. Le peintre flamand, de la Haute Renaissance, Joachim PATINIER contribua à l’autonomisation picturale du paysage, en accordant davantage d’importance aux éléments de la nature, qu’aux personnages de ses tableaux.

 

Roger BRUNET (Les mots de la géographie, Dictionnaire critique) définit le paysage comme « ce qui se voit ». Pour beaucoup le paysage est en effet la « vue » d’un territoire indépendant de l’observateur, par exemple une montagne, et donc susceptible d’être étudié de façon objective : altitude, température, structure interne... Mais le paysage peut-être aussi perçu, ressenti de manière subjective : « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux » ( Le Petit Prince, de Saint-Exupéry).

 

Ainsi, ce que l’on voit n’existe pas ! À partir du moment où l’appréciation esthétique entre en compte, où l’on charge le territoire « de significations et d’émotions » (Alain CORBIN, 2001, L’homme dans le paysage), l’étude paysagère ne peut être que subjective. Cette subjectivité remet en cause la possibilité d’une analyse scientifique du paysage, avant tout naturaliste. Cette non-scientificité du concept de paysage l’oppose à celui d’environnement (Alain ROGER, 1997, Court traité du paysage). Concept récent, d’origine écologique et justiciable d’un traitement scientifique, l’environnement regroupe l’eau, la terre, l’air, la végétation, les reliefs : « il est alors équivalent de ce que, mais bien à tort, certains géographes physiciens nomment paysage » (R. BRUNET, Les mots de la géographie, Dictionnaire critique). Néanmoins, un paysage s’inscrit dans un environnement (CORBIN).

 

Le paysage n’est donc pas simplement une vue, mais plus largement une sensation interne, ce que Diderot appelait la « rumeur des viscères ». Tous les sens sont en effet mobilisés dans le ressenti d’un paysage, le toucher, l’odorat, l’ouïe et même le goût (certains géologues ou viticulteurs vont jusqu’à goûter la roche, la terre ; la gastronomie entre dans le Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité). En outre, le paysage sonore, étudié par Raymond Murray Schafer, est soumis à la fois à la discontinuité (il n’y pas de fond sonore véritable) et à la disjonction entre l’entendu et l’identifié (difficulté de reconnaître, de situer, la source d’un bruit émis). Quant à l’étude paysagère par l’odorat et le toucher, elle a notamment été menée par Marie-Christine Couic.

 

Au reste, Claude Lévy-Strauss a montré l’absence de rapport entre race et langue, l’absence de détermination matérialiste des sociétés par la production, leur préférant la mise en évidence d’une symbolique. Son anthropologie relève d’une réaction au colonialisme, montrant que la pensée sauvage n’est pas moins complexe que la nôtre, que les sociétés, dites primitives, souvent oubliées par l’histoire peuvent aussi guider les sociétés modernes. Cette position rejoint celle de Jean MALLORY qui appelait les peuples du Grand-Nord à se réapproprier leur histoire. Ainsi, chaque peuple peut construire ses propres approches de ses paysages, comme tentent aujourd’hui de le faire les Maoris au sein de la société néo-zélandaise.

 

Texte et affiche : Anthony TCHEKEMIAN - Maître de conférences en Géographie et Aménagement du territoire

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