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Portrait : Yannis Belle, jeune polynésien docteur en sciences de gestion spécialisé en tourisme

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Yannis Belle soutient sa thèse à l’Université de Nantes le 14 décembre 2018. Cela fait de lui le premier docteur polynésien en sciences de gestion spécialiste de la question des pensions de famille et des technologies de l’information.

 

Yannis Belle est le premier docteur polynésien en sciences de gestion spécialisé en tourisme. Déjà titulaire d'une licence d'économie-gestion, à 28 ans Yannis reprend ses études, quitte son fenua et se lance dans la voie universitaire à Nantes en France. Un objectif en vue :  l'étude des pensions de famille polynésiennes et leur rapport aux technologies de l'information. Après avoir soutenu avec brio sa thèse à Nantes le 14 décembre 2018, ce jeune chercheur nous fait l’honneur de répondre à ces quelques questions posées par le Centre d’Etudes du Tourisme en Océanie-Pacifique.

 

Peux-tu nous parler de ta thèse ?

 

Alors ma thèse s’intitule « L’influence de la Culture sur l’adoption et l’utilisation des TI[1] par les TPE[2] touristique : le cas des pensions de famille polynésienne. »

Le premier constat était que de nos jours, l’utilisation des technologies de l’information tend à devenir indispensable, particulièrement dans le secteur du tourisme, où les consommateurs utilisent de plus en plus internet pour leurs démarches de recherche d’information et de réservation. Le second constat était que les TPE ont tendance à avoir des difficultés (plus que les PME[3] ou les grandes entreprises) à adopter l’utilisation des TI dans leurs processus métiers. L’idée de la thèse est de contribuer à la compréhension du pourquoi ces difficultés, et pourquoi particulièrement au sein des TPE ? Il y a certes des facteurs explicatifs comme le manque moyens financiers, de compétences, de personnel, etc., mais l’idée était d’explorer un facteur inédit comme … la culture.

Afin d’explorer la question, j’ai opté pour une démarche ethnographique et des entretiens semi-directifs. L’idée était tout simplement de m’immerger dans la réalité des professionnels des pensions de famille et de voir comment leur appartenance culturelle influence leurs comportements et décisions, notamment celles concernant les TI.

 

Quelles difficultés as-tu rencontré au cours de ces quatre dernières années et comment les as-tu surmontées ?

 

La difficulté principale est la solitude je pense. Contrairement aux années de Licence ou de Master, où tu évolues dans une classe avec d’autres étudiants qui sont dans la même pirogue que toi, en doctorat tu es tout seul. Tout seul face à ton travail, face à ton sujet, face à ta motivation. J’ai eu la chance d’avoir deux directeurs de thèses qui se sont fortement impliqués dans mon travail et dans ma réussite. Ils ont su me tirer, m’accompagner, me motiver, et me mettre dans les meilleures conditions possibles pour réussir. Ça peut paraître étrange, mais une de mes motivations principales à avancer était que je ne voulais pas les décevoir … Ils se sont tellement impliqués pour moi que je me refusais de leur faire faux bond.

Je remercie Mme Clergeau et M. Rival pour leur encadrement au top.

 

Quel est ton meilleur souvenir de ces années de doctorat ?

 

Ma soutenance ! Alors qu’au départ je pensais que ça allait être terrifiant, j’ai en fait passé un super moment d’échanges avec le jury. C’était un plaisir de pouvoir discuter ouvertement et sérieusement avec des personnes qui ont pris le temps de lire dans le moindre détail ton travail, et de débattre sur la pertinence des différents concepts, sur la méthodologie, sur le déroulement des terrains, sur les résultats … C’était un peu comme raconter une des plus grandes aventures de ta vie.

 

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Yannis Belle (deuxième en partant de la droite) entouré de son jury après sa soutenance de thèse à l'Université de Nantes le 14 décembre 2018. (Crédit photo : Yannis Belle)

 

Ta thèse a convaincu le jury et sera probablement présentée au prix de thèse de l’AIM et de la FNEGE, peux-tu nous en dire davantage ?

 

Alors oui, le jury a chaudement recommandé que je candidate à différents prix de thèses, notamment celui de l’AIM (Association, Information et Management) qui récompense à hauteur de 1000 euros une thèse en gestion orientée Systèmes d’Informations. Ce prix me permettrait par la suite de candidater au « Prix FNEGE des meilleurs thèses en Management – Ma Thèse en 180 secondes » dont la récompense s’élève à 3 000 euros.

Je vais également candidater au Prix de Thèse de l’AFMAT (Association Francophone de Management du Tourisme) car j’ai un attachement de cœur à cette association et sa conférence annuelle. C’est là où j’ai effectué mon premier atelier doctoral, mes premières communications et j’ai adoré l’ambiance.

 

Que comptes-tu faire maintenant que tu as obtenu ton Doctorat ?

 

Mon objectif est d’obtenir la qualification pour devenir Maître de Conférences et j’espère de tout cœur pouvoir être recruté en tant qu’enseignant-chercheur à l’Université de la Polynésie Française, pour laquelle j’ai également un fort attachement de cœur. Je suis né en Polynésie, j’ai fait toute ma scolarité entre les îles Marquises et Tahiti et c’est finalement à l’UPF que j’ai obtenu ma Licence d’Economie-Gestion (je suis un produit purement local). Je suis parti en Métropole pour le Master et le Doctorat et je suis revenu sur la fin du Doctorat. Je fais partie de ces étudiants polynésiens qui font l’effort de s’expatrier pour mieux revenir, dans l’espoir de travailler au Fenua, forts de quelques nouveaux diplômes. Mais je sais que ce n’est pas toujours facile de trouver un travail au retour, et je remercie l’UPF de m’avoir donné cette chance extraordinaire d’enseigner aux étudiants polynésiens. J’ai l’impression de me revoir il y a quelques années, quand moi-même j’étais du côté des gradins, et non derrière le bureau.

Je suis actuellement en CDD, et la qualification me permettrait d’être recruté en CDI.

 

J’aimerai bien évidemment contribuer à la recherche en gestion à l’UPF, particulièrement dans le domaine du tourisme, mais pas que. Il y a beaucoup à faire pour accroître notre compréhension de l’Enterprise polynésienne, qui a la particularité de mélanger des personnes de différentes culture (polynésienne, chinoise et française principalement). C’est un domaine où il y a beaucoup à faire. La démarche ethnographique, particulièrement, a éveillé en moi un intérêt certain, et j’espère pouvoir continuer dans cette voie-là.

 

Une autre problématique plus personnelle vient s’ajouter : je vais très bientôt être papa d’un petit enfant mi-marquisien mi-paumotu. J’espère pouvoir faire en sorte que comme moi, il grandisse ici. Tous ceux qui ont connu la vie ailleurs (qui sont partis pour les études ou autres) savent particulièrement à quel point notre Fenua est un petit paradis. C’est notre petit paradis.

 

Quels conseils donnerais-tu aux étudiants qui comme toi souhaiteraient s'orienter vers un Doctorat ?

 

Je pense que l’élément le plus important est de travailler sur un sujet que l’étudiant a particulièrement à cœur. C’est cette passion pour le sujet qui lui permettra de rester motivé, et de venir à bout du travail personnel colossal que demande l’obtention du diplôme. La passion transforme le travail en aventure !

 

Comment vois-tu l'avenir des pensions de famille en Polynésie française ?

 

Je le vois plutôt brillant ! Avec l’arrivée des nouvelles compagnies aériennes et la baisse des prix des billets d’avions, la destination va attirer de plus en plus de touristes à faible budget, qui tendent à privilégier l’hébergement en pensions de familles. Grâce également aux différentes institutions locales (Ministère du Tourisme et du Travail, Tahiti Tourisme ou encore les associations de pensions de famille) qui font aujourd’hui de l’offre pension de famille un pilier du tourisme polynésien, le secteur devrait se développer de plus en plus.

 

Un dernier mot ? 

 

Infiniment … Merci. Merci à l’UPF, merci aux professeurs du département Droit-Economie-Gestion de m’avoir accueilli parmi eux et de m’avoir donné cette chance. Merci tout particulièrement à M. Rival et Mme Clergeau, mes co-encadrants de thèse, pour leur immense soutien, et si j’ai pu aller jusqu’au bout de l’aventure doctorale et de rendre une thèse de qualité, c’est grâce à eux.

Mauruuru roa.

 

 

[1] TI : Technologies de l’Information

[2] TPE : Très Petites Entreprises

[3] PME : Petites et Moyennes Entreprises

 

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