Université de la Polynésie Française - Tahiti

Les conférences

Neuf conférences ont été proposées au public dans le cadre de la célébration du 20ème anniversaire de l’université. Pendant trois soirées, des enseignant et enseignants-chercheurs de l’UPF mais aussi la vice-chancelière de l’université du Pacifique Sud ont proposé des thématiques propres à l’environnement polynésien, marquant ainsi l’ancrage océanien de notre établissement.

Régulation des télécommunications dans les petites collectivités insulaires / leçons de l’expérience islandaise et applications pour la Polynésie française

par Louis-Philippe CARRIER, professeur agrégé

Il est tentant de penser que les petites économies insulaires isolées sont handicapées en matière d’accès aux Technologies de l’Information et de la Communication. Leur géographie et la petite taille de leur marché les condamneraient à rester en retrait de la société de l’information. L’Islande constitue le contre-exemple le plus flagrant – mais pas le seul – à cette hypothèse. Selon le World Economic Forum, l’Islande figure parmi les 10 pays les mieux adaptés aux TIC. On s’est donc penché sur les raisons du miracle islandais pour comprendre les raisons des écarts de performance entre ce pays et la Polynésie française. Il apparaît que le succès a reposé sur la combinaison de politiques publiques très stratégiques, d’un régime juridique optimal et d’institutions particulièrement efficientes. Les handicaps structurels ont pu être surmontés grâce à un ciblage des offres sur des besoins reconnus et à des choix techniques appropriés, ce qui a permis un développement rapide du marché des communications électroniques, donc l’instauration d’une concurrence soutenable avec une régulation légère. Ces réussites pourraient vraisemblablement être reproduites en Polynésie française où, paradoxalement, certaines conditions sont plus favorables aux TIC qu’elles ne l’étaient en Islande il y a dix ans. Les mesures nécessaires dépassent cependant le strict cadre du droit des télécommunications, une stratégie cohérente s’impose.

Les économies de l’Outre-mer français : atouts et handicaps

par Bernard POIRINE, maître de conférences

Dans cette contribution, nous présenterons les principales conclusions des études relatives à l’impact de l’éloignement géographique sur les échanges et le niveau de vie des petites économies insulaires. En effet, la petite taille du marché et l’éloignement sont les deux handicaps majeurs de l’outre-mer français, atténués toutefois, comme nous le verrons, par la proximité économique politique et culturelle avec la France et l’Union européenne. Nous examinerons également les causes du syndrome hollandais qui explique les difficultés du secteur exportateur et du tourisme dans les petites économies de l’outre-mer français, et la pertinence des politiques économiques menées pour en compenser les effets. Dans une première partie, nous mettrons en évidence la nécessité mais aussi la difficulté de l’ouverture pour les petites économies insulaires éloignées des grands marchés, en raison du problème des économies d’échelle et de celui des coûts d’accès aux marchés mondiaux. Dans une deuxième partie, nous verrons quel est l’impact de l’isolement géographique sur la compétitivité des firmes et le niveau de vie des petites économies éloignées des grands marchés. Ceci nous amène à souligner le paradoxe insulaire : l’isolement incite au repli, mais l’ouverture est indispensable à la croissance du niveau de vie. Paradoxe dont on ne peut sortir que par la spécialisation dans des activités où la distance importe moins : tourisme, services financiers ou exportations où le coût de transport est relativement peu important. Dans une troisième partie, nous verrons le problème de la compétitivité à l’exportation des DOM-COM en relation avec la théorie du syndrome hollandais : les transferts de l’Etat, qui financent les sur-rémunérations des fonctionnaires, et le haut niveau des taxes à l’importation, ont à la fois un effet multiplicateur positif sur la demande, mais aussi un effet d’éviction négatif à long terme sur la compétitivité du secteur exposé , notamment le secteur exportateur et le tourisme.

Quelles perspectives pour l’autonomie économique de la Polynésie française ?

par Christian MONTET, professeur des universités

Depuis le début des années 1990 et la fin des essais nucléaires, les autorités de l’Etat et du territoire ont souhaité accompagner le développement économique de la Polynésie française dans le sens d’une plus grande autonomie, c’est-à-dire d’une moindre dépendance à l’égard des transferts en provenance de la métropole. La politique économique a par conséquent été orientée, au travers de mesures fiscales, de subventions ou autres outils de l’action publique vers l’expansion d’activités productives locales : tourisme, perliculture, pêche industrielle. Les succès de cette politique volontariste sont connus, mais ses limites semblent atteintes depuis le tournant de 2000-2001. L’étude de la balance des transactions courantes de la Polynésie montre bien que la dépendance à l’égard des transferts reste forte et constante depuis la fin des années 90. Or, les contraintes pesant sur les activités exportatrices phares d’une part (tourisme, pêche) et les enjeux démographiques et sociaux d’autre part requièrent aujourd’hui qu’une nouvelle impulsion soit donnée au développement économique et aux objectifs d’autonomie renforcée. La question se pose de savoir comment optimiser le soutien que peut apporter l’Etat français. Nous soutenons la thèse selon laquelle, la Polynésie française n’a pas vraiment besoin d’une sorte de politique industrielle destinée à orienter les financements publics et privés vers certains secteurs d’activité jugés prioritaires. Il s’agit plutôt d’aider à l’expression de l’esprit d’entreprise privé dans un cadre favorable à l’investissement et adapté aux conditions des marchés internationaux. Cela implique tout à la fois une amélioration des institutions publiques dans un sens plus favorable à l’initiative privée et à la croissance, des réformes de structure destinées à rendre plus flexibles les marchés du travail, des ressources naturelles et les marchés des biens et services et une réorientation de l’aide financière publique vers l’investissement et les infrastructures plutôt que vers la consommation.

Ecosystèmes insulaires coralliens tropicaux et gestion durable : mythe ou réalité ?

par Marcel LE PENNEC, professeur des universités

Les récifs coralliens sont construits par des animaux coloniaux, les coraux, qui en sécrétant un squelette calcaire ont édifié, au cours des millénaires, d’imposantes structures. Elles constituent un écosystème unique et original dans notre biosphère, occupant une surface de 55000 km2 dont 20% sont situés en Polynésie française. Les îles et atolls coralliens sont définis comme des « points chauds » de la biodiversité à l’échelle mondiale, mais aussi comme étant d’une grande vulnérabilité en raison des pressions qu’ils subissent, qu’elles soient d’origine naturelle ou anthropique. Actuellement, 20% des récifs coralliens mondiaux sont considérés comme détruits et le processus s’accélère. Le réchauffement climatique de notre planète, que nous constatons depuis quelques décennies et qui devrait encore s’accentuer, nous oblige à relever des défis très complexes et à choisir des options qui permettent un développement durable des divers écosystèmes. Les systèmes coralliens insulaires tropicaux sont parmi les priorités à court terme. Toute la difficulté est donc de parvenir à un savant équilibre entre le social, l’économie et l’environnement.

Substances naturelles d’origine terrestre de la Polynésie française : ressources et potentialités

par Phila RAHARIVELOMANANA, professeur des universités

La biodiversité est un concept complexe dont la valorisation peut avoir un sens économique, écologique ou socio-culturel. Les îles de la Polynésie française présentent une biodiversité terrestre riche, originale et fragile comportant de réelles potentialités à valoriser. Cette biodiversité peut être valorisée économiquement : par la production de matières non ou peu transformés ou de matières ayant subi de transformations engendrant des plus-values.

Les possibilités de valorisation des substances naturelles renouvelables occupe un domaine très vaste incluant l’alimentation, l’artisanat, l’industrie, le tourisme…etc. La démarche classique de valorisation rationnelle des ressources naturelles comporte plusieurs étapes telles que l’inventaire des ressources, leur caractérisation, le recensement des différentes utilisations et intérêts, l’étude des tendances et marchés…etc. La compilation des diverses possibilités d’utilisations traditionnelles ou modernes d’une substance végétale d’origine terrestre contenant de molécules d’intérêt (métabolites secondaires) pourrait être une source d’inspiration pour de nouvelles pistes de valorisation. L’optimisation de la valorisation d’une ressource naturelle nécessite une bonne connaissance de ses caractéristiques physico-chimiques, chimiques, génétiques ainsi que ses pôles d’intérêt tels que la pharmacologie, l’écologie ou l’artisanat… Quelques exemples d’études de substances naturelles à partir de plantes polynésiennes telles que le tamanu (Calophyllum inophyllum), le santal (Santalum insulare) et le metua pua’a (Microsorum scolopendria) réalisées au LCSN, seront présentés pour illustration.

De nouvelles voies de valorisation sont à explorer dans le but de développer une économie durable basée sur des filières de produits naturels innovants et respectueuse de la biodiversité.

Le réchauffement climatique : enjeux scientifiques et politiques

par Jean-Pierre BARRIOT, professeur des universités

Le réchauffement climatique fait désormais l’objet de toutes les attentions des media. S’il est désormais indéniable que ce réchauffement est lié à l’activité humaine, il ne faut pas oublier que le climat peut varier naturellement à l’échelle des siècles. Nous mettons en perspectives l’évolution récente par rapport aux variations naturelles passées, quelles devraient être les populations gagnantes et perdantes, et quel futur se dessine au point de vue climatique.

A qui appartiennent les traditions polynésiennes ?

par Bruno SAURA, professeur des universités

La question de la propriété intellectuelle des traditions s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la propriété des sites, des objets, des symboles émanant de la culture des peuples autochtones. Le secrétariat général de la Communauté du Pacifique vient d’élaborer un cadre juridique régional dans ce domaine. S’agissant du recueil et de la diffusion des traditions orales, les ethnologues affichent aujourd’hui des préoccupations déontologiques de plus en plus grandes pour ne pas donner l’impression qu’ils s’approprient le savoir des autres. Sur la base de travaux menés en Polynésie française, nous ferons le point sur la perception des Polynésiens quant à la propriété des savoirs locaux et sur la responsabilité du chercheur face à ces perceptions.

Le droit de l’éducation en Polynésie française.

par Marc DEBENE, recteur et professeur des universités

La Polynésie française, collectivité d’outre mer de la République, a une compétence de principe. L’Etat n’a qu’une compétence d’attribution. Dans le domaine de l’enseignement la loi organique de 2004 lui réserve l’enseignement universitaire, la recherche et la collation et délivrance des grades et diplômes. L’enseignement scolaire, sous réserve du statut des enseignants, relève donc du Pays qu’il s’agisse de l’enseignement du premier ou du second degré, auquel s’ajoute la formation continue non universitaire.

L’exposé traitera des diverses questions de droit, rassemblées autour de deux axes. Au plan normatif, on s’interrogera sur les règles applicables à l’éducation en Polynésie ; supra législatives, législatives ou infra législatives en s’attachant au « Code de l’éducation » qui fixe notamment les objectifs et missions du service public. La question sera analysée à la lumière de la jurisprudence du Conseil d’Etat et du tribunal administratif de Papeete.

Sur le registre de la gestion, on partira du concept d’autonomie que l’on croise ici par deux fois . Il s’agît en effet aussi bien de l’autonomie politique du Pays qui doit permettre à ses autorités de développer une politique éducative ; et de l’autonomie tant administrative et financière que pédagogique des unités d’éducation (établissements publics territoriaux d’enseignement, écoles pour la partie pédagogique). On se demandera comment le Pays peut soutenir les politiques d’établissement qui s’expriment par leur projet.

Revoir l’enseignement universitaire dans le Pacifique

par Esther WILLIAMS, vice-chancelière de l’université du Pacifique Sud

Il ne semble faire aucun doute que nous entrons dans une phase décisive pour le développement de l’enseignement universitaire dans le Pacifique. Les besoins liés à l’enseignement supérieur dans les îles du Pacifique sont nombreux et continuent à s’accroître avec l’objectif commun de réduire progressivement l’écart entre les îles du Pacifique et le reste du monde, de sorte que nos communautés « mènent une vie libre et épanouie ». Pour progresser, le Pacifique aura besoin d’un niveau plus élevé de croissance, de productivité et de création d’emplois. Ceci implique que les pays investissent de façon plus stratégique dans les principaux facteurs de croissance. L’enseignement universitaire figure parmi ces derniers.

Actuellement, la tendance est de mettre l’accent sur la création d’un environnement universitaire de plus en plus concurrentiel. Les établissements d’enseignement supérieur dans chaque pays du Pacifique et dans toute la région rivalisent pour drainer des ressources et des étudiants. Au moment où les économies de beaucoup de nos pays se dégradent, et que les universités sont confrontées au défi des coûts élevés des études supérieures, nous devons envisager des partenariats plus forts, en particulier avec les territoires français voisins, et voir comment ils pourraient être maximisés. Il est nécessaire de passer d’un modèle compétitif à celui d’une plus grande collaboration et d’un renforcement des liens.

Ces liens peuvent être développés dans les domaines suivants : l’enseignement à distance et à la carte, avec de nouvelles méthodes de transmission ; la qualité et la pertinences des programmes, ceux du troisième cycle en particulier ; l’organisation des cours et la fixation des objectifs ; les rapprochements dans les secteurs de l’agriculture, de l’océanologie, du commerce et des investissements, ainsi que dans des domaines-clés comme la comptabilité, la finance, le tourisme, la gestion, la culture et les arts. Les réformes et les initiatives devraient se concentrer sur des domaines à forte potentialité et susceptibles de produire l’impact le plus large sur les pays concernés, et donc sur la région. On verra ainsi comment les établissements d’enseignement supérieur et leurs étudiants peuvent être les mieux placés pour participer activement aux formations et aux activités qui accompagnent le développement social, économique et politique, au lieu de se concurrencer les uns avec les autres. Je voudrais partager avec vous aujourd’hui mes idées sur ce qui pourrait être fait afin de mieux positionner l’enseignement universitaire dans le Pacifique pour aller de l’avant.