Université de la Polynésie Française - Tahiti

"Les écrivains diplomates de l’entre-deux-guerres"

Conférence publique le jeudi 06 novembre à 18h00 à la bibliothèque universitaire

Dans le cadre des conférences Savoirs Pour Tous, Renaud Meltz, maître de conférences en histoire contemporaine, interviendra sur le thème "Les écrivains diplomates de l’entre-deux-guerres", à l’occasion de la parution de sa biographie Alexis Léger, dit Saint-John Perse, publiée par la maison d’édition Flammarion, qu’il dédicacera à la librairie Odyssey le samedi 08 novembre de 10H à 12h.

Gratuite et ouverte au public, cette conférence est programmée le jeudi 06 novembre 2008, à 18h00, à la bibliothèque universitaire, située sur le campus. Au terme de la conférence, cet historien présentera la biographie qu’il vient de publier et pour laquelle les critiques littéraires se sont enthousiasmés.

Résumé de son intervention

« On ne peut pas être ambassadeur de France et poète ! ».
Cette fatwa, lancée par les surréalistes à la face de Paul Claudel, à l’été 1925, résume les contradictions de l’entre-deux-guerres. Claudel, Giraudoux, Morand, Saint-John Perse : les écrivains de premier plan n’ont jamais été si nombreux à occuper des fonctions diplomatiques. Cette génération, hantée par la pureté de son art, a considéré le Quai d’Orsay comme un refuge, et la diplomatie comme la profession alimentaire la mieux capable de garantir son indépendance littéraire. Mais, sous la Troisième République, le diplomate s’est professionnalisé. La Carrière est devenue dévoreuse de temps ; elle oblige à choisir entre dilettantisme (Giraudoux et Morand ne sont pas des fonctionnaires modèles) et dévouement à l’État. Pour ceux dont la volonté de puissance se satisfait mieux de l’action que de l’écriture, les plus hautes fonctions administratives donnent le sentiment de conduire la politique étrangère française à la place du ministre, alors que valsent les gouvernements, sous le régime de l’instabilité parlementaire.

La création poétique en pâtit ; chez Alexis Léger, dissimulée par le pseudonyme de Saint-John Perse, elle est différée, avant de renaître, altérée. Claudel, homme total et universel, est le seul à vouloir tout concilier, ouvertement ; il ne renonce à rien, service de l’État et vocation littéraire. C’est à ce titre qu’il s’est attiré les foudres des surréalistes. « On ne peut pas être ambassadeur de France et poète ! ».

Et si l’on prenait au sérieux la provocation surréaliste ? La création littéraire ne souffre-t-elle pas de l’action politique ? Il ne s’agit pas ici de parler d’engagements par le biais d’une prise de position, comme le fera la génération d’Aragon ou de Sartre, mais du service de l’État, avec ses exigences, ses contraintes, mais aussi ses honneurs aliénants, et ses convergences périlleuses, pour les écrivains diplomates, dont le métier tenait essentiellement à rédiger des télégrammes et des dépêches.

Le sacrifice de la littérature à la politique, tel était le principal soupçon des surréalistes ; l’historien peut en avancer un autre : les écrivains font-ils de bons serviteurs de l’État, indépendamment du prestige que leur gloire littéraire apporte au rayonnement de la France ?

La question vaut pour Claudel, successivement laudateur du maréchal Pétain et du général de Gaulle. Mais aussi bien pour Giraudoux, en charge de la propagande française, qui n’a pas pesé lourd face à celle de Goebbels ; pour Morand, ambassadeur du régime de Vichy ; pour Alexis Léger, enfin, secrétaire général du Quai d’Orsay, qui a laissé la France dépourvue d’alliance de revers, avant de s’employer, depuis son exil américain, à défendre Pétain, puis à éliminer politiquement le chef de la France libre.

Biographie du conférencier

Maître de conférences en histoire contemporaine, Renaud Meltz a obtenu son doctorat en 2005 à l’université de Paris-IV Sorbonne où il a poursuivi l’ensemble de son cursus universitaire en obtenant, pour chacun de ses diplômes, la mention Très-bien. Dans cette prestigieuse université parisienne, il acquiert son diplôme d’études approfondies d’histoire contemporaine en présentant un mémoire intitulé Alexis Léger, diplomate, puis devient allocataire de recherche avant d’assurer à partir de l’année 2000 les fonctions d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche pendant 4 années.

Agrégé d’histoire en 1999, cet universitaire de 34 ans est qualifié aux fonctions de maître de conférences par le Conseil national des universités à la fois en langue et littérature française et en histoire des mondes modernes. De 2004 à 2007, Renaud Meltz a été pensionnaire de la fondation Thiers, un centre de recherches humanistes relevant du CNRS qui accueille les universitaires les plus brillants de France.

Renaud Meltz consacre ses travaux de recherche à un grand poète français : Saint-John perse. Le nom de Saint-John Perse est plus familier aux amateurs de littérature que celui d’Alexis Léger. Le diplomate a progressivement disparu des mémoires, au bénéfice du poète, prix Nobel de littérature en 1960, traduit dans une vingtaine de langues, inscrit cette année encore au programme de l’agrégation de lettres. Le discret directeur de cabinet de Briand, de 1925 à 1932, le puissant secrétaire général du Quai d’Orsay, de 1933 à 1940, fut l’une des éminences grises de la IIIe République. Désigné comme l’un des responsables de la défaite, marginalisé par son opposition à de Gaulle, depuis son exil américain, il incarnait à la Libération les errements de la diplomatie française. À la suite de quoi, sévèrement traité par l’historiographie française, Alexis préféra revêtir la dépouille du poète qu’il avait sacrifié, et affronter la postérité sous son nom de plume, sans renoncer à se targuer de sa trajectoire politique.

Après de nombreux articles publiés sur ce poète et la politique étrangère française dans diverses revues scientifiques, Renaud Meltz vient de publier chez Flammarion, une biographie de 846 pages sur Alexis Léger, dit Saint-John Perse, livre issu de sa thèse Alexis Léger, 1887-1975, Le mage et le Régent, soutenue à l’université de Paris-IV Sorbonne en décembre 2005. Dans le Magazine littéraire d’octobre, Pierre Assouline ne veut « pas marchander ses applaudissements, en convenant que, avec [ce] livre total, nous disposons de deux vies en une », grâce au « jeune historien de cette première biographie de fond ». Plus loin, il écrit : « Le biographe est tout sauf complaisant. Son admiration est intacte, mais elle n’entame en rien son sens critique. » Le journaliste Jean-Claude Perrier, pour Le Figaro, est également sensible à la qualité de cette biographie dans son article « Comment le poète a tué le diplomate ». Pour la promotion de son livre, cet auteur a participé à plusieurs émissions télévisées et radiophoniques consacrées à son livre, notamment sur la chaîne LCI et France culture. L’auteur recevra prochainement le prix Maurice Baumont, grand universitaire qui fut à la fois diplomate, économiste, géographe et historien.

En poste à l’université de la Polynésie française depuis 2007, Renaud Meltz appartient au laboratoire Sociétés traditionnelles du Pacifique où il oriente ses travaux scientifiques vers l’histoire de la région au vingtième siècle, sans renoncer à l’histoire culturelle. A l’UPF, il dispense des cours d’histoire contemporaine et assure les fonctions de responsable pédagogique de la 3ème année de licence d’histoire. En outre, il enseigne à l’antenne de la Polynésie française de l’IUFM du Pacifique dans le cadre de la préparation au CAPES d’histoire, mais aussi l’histoire contemporaine à l’Ecole normale.

Contact

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